Un enfant ne doit jamais payer la séparation des adultes

Dans les débats modernes sur la famille, le divorce est souvent présenté comme une affaire juridique, un contrat qui se rompt, une décision de justice qui met fin à une union. Mais en Afrique, la réalité familiale ne se limite pas aux registres de l’état civil. Bien avant les tribunaux et les administrations, nos sociétés ont construit des systèmes où la parentalité repose d’abord sur la responsabilité morale, la parole donnée et la reconnaissance communautaire.
Dans de nombreuses régions du continent, un homme et une femme peuvent avoir un enfant sans être liés par un mariage civil. Parfois l’union est coutumière, parfois simplement reconnue par les familles. Pourtant, dans les traditions africaines, cela n’a jamais effacé la responsabilité parentale. Un enfant n’est pas seulement le fruit d’un couple , il est aussi un héritier d’une lignée, d’un clan, d’une histoire.
Les coutumes africaines l’ont toujours affirmé avec force; dans plusieurs cultures, lorsque naît un enfant, ce n’est pas seulement la mère ou le père qui est concerné ,c’est toute la famille qui reconnaît ce nouveau membre. Les anciens rappellent souvent ce proverbe largement partagé à travers le continent : « L’enfant n’appartient pas seulement à celui qui l’a engendré, mais à toute la communauté qui l’élève. »
Mais cette sagesse traditionnelle est aujourd’hui mise à l’épreuve. Les transformations sociales, l’urbanisation et les tensions économiques ont parfois fragilisé les mécanismes communautaires qui protégeaient autrefois l’enfant. Lorsqu’un couple se sépare , qu’il ait été marié civilement, coutumièrement ou non , il arrive que l’enfant devienne la victime silencieuse de conflits d’adultes.
Dans certains cas, un père disparaît de la vie de l’enfant. Dans d’autres, la mère est isolée ou privée du soutien familial. Et parfois, l’enfant est pris dans une bataille de légitimité entre familles. Ces situations révèlent une contradiction, alors que les traditions africaines valorisent la responsabilité collective envers l’enfant, les pratiques contemporaines tendent parfois à affaiblir ce principe.
Pourtant, le droit coutumier africain a toujours posé des repères clairs. Dans beaucoup de sociétés traditionnelles, un homme qui reconnaît un enfant , par la parole, par les rites ou par la présentation à la famille , accepte implicitement une responsabilité durable. Ce lien ne disparaît pas parce que la relation avec la mère s’est terminée. La rupture d’un couple ne peut pas devenir la rupture d’une filiation.
L’enjeu dépasse la simple sphère familiale. Une société se construit sur la solidité de ses liens intergénérationnels. Lorsque les enfants grandissent privés d’une partie de leur histoire, c’est toute la mémoire sociale qui s’affaiblit.
Aujourd’hui, le défi pour les sociétés africaines est de trouver un équilibre entre modernité juridique et sagesse traditionnelle. Les lois peuvent encadrer la filiation, mais elles ne remplaceront jamais les valeurs fondamentales que nos cultures ont toujours défendues :la responsabilité, la solidarité familiale et le respect de l’enfant.
Car au fond, qu’il y ait eu mariage civil, union coutumière ou simple relation entre deux adultes, une vérité demeure:l’orsqu’un enfant vient au monde, il ne naît pas seulement dans une famille , il naît dans une communauté et dans une histoire. Et aucune séparation ne devrait l’en priver.

Louis LOKOU

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