Devenir femme, une traversée intérieure

Devenir femme, une traversée intérieure

Devenir femme ne se résume ni à l’âge ni au corps. C’est une expérience faite d’injonctions, d’adaptations et de reconquêtes silencieuses. Entre attentes sociales et quête d’identité, cet éditorial interroge ce que l’on ne dit pas ou dit trop peu sur ce passage essentiel de la vie.
On ne devient pas femme du jour au lendemain. On le devient dans les regards qui changent, dans les attentes qui s’installent, dans les silences que l’on apprend à porter. Devenir femme n’est pas seulement une étape biologique ou sociale, c’est une expérience intime, souvent marquée par des injonctions contradictoires.
Très tôt, le corps féminin cesse d’être privé. Il est observé, commenté, évalué. Trop visible ou pas assez. Trop libre ou trop contrôlé. Ce corps devient un espace public où chacun semble autorisé à donner son avis. Comprendre cela, c’est déjà se libérer partiellement de la culpabilité qu’il génère.
Devenir femme, c’est aussi apprendre l’adaptation. S’ajuster, arrondir les angles, faire preuve de douceur, parfois au détriment de soi. Cette capacité est une force, mais elle a un coût , celui de l’effacement progressif. Il faut du temps et souvent des épreuves pour comprendre que poser des limites n’est ni un caprice ni une faiblesse.
Il y a aussi la fatigue. Une fatigue sourde, persistante, rarement reconnue. Celle qui naît du fait de devoir tout anticiper, tout porter, tout concilier. Être performante sans faillir, disponible sans disparaître. Cette fatigue n’est pas individuelle : elle est le produit d’un système qui exige beaucoup des femmes tout en normalisant leur épuisement.
Contrairement aux idées reçues, la solidarité féminine n’est pas innée. Les femmes ont longtemps été mises en concurrence, encouragées à se comparer plutôt qu’à s’épauler. Pourtant, rien n’est plus réparateur que d’être vue et crue par une autre femme. La sororité se construit, et lorsqu’elle existe, elle transforme.
Enfin, devenir femme, c’est apprendre à se choisir. Choisir sa voix, son rythme, ses désirs, même lorsqu’ils dévient des attentes sociales. Ce choix n’est pas toujours spectaculaire. Il est souvent discret, quotidien, parfois inconfortable. Mais il est essentiel.
Devenir femme n’est pas une conformité à atteindre.
C’est un processus de réappropriation.
Et peut-être, au fond, une lente mais puissante reconquête de soi.

Louis LOKOU

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